Full Online Books
BOOK CATEGORIES
Authors Authors Short Stories Short Stories Long Stories Long Stories Funny Stories Funny Stories Love Stories Love Stories Stories For Kids Stories For Kids Poems Poems Essays Essays Nonfictions Nonfictions Plays Plays Folktales Folktales Fairy Tales Fairy Tales Fables Fables Learning Kitchen Learning Kitchen
LINKS
Valid XHTML 1.0 Transitional Free Classified Website Without Registration Free Classified Website Daniel Company
Twitter Twitter Add book
donate
Full Online Book HomeNonfictionsLa Legende Des Siecles - La Rose De L'infante
Famous Authors (View All Authors)
La Legende Des Siecles - La Rose De L'infante Post by :Chris_Choi Category :Nonfictions Author :Victor Hugo Date :May 2012 Read :2232

Click below to download : La Legende Des Siecles - La Rose De L'infante (Format : PDF)

La Legende Des Siecles - La Rose De L'infante

Elle est toute petite, une duegne la garde.
Elle tient a la main une rose, et regarde.
Quoi? que regarde-t-elle? Elle ne sait pas. L'eau,
Un bassin qu'assombrit le pin et le bouleau;
Ce qu'elle a devant elle; un cygne aux ailes blanches,
Le bercement des flots sous la chanson des branches,
Et le profond jardin rayonnant et fleuri.
Tout ce bel ange a l'air dans la neige petri.
On voit un grand palais comme au fond d'une gloire,
Un parc, de clairs viviers ou les biches vont boire,
Et des paons etoiles sous les bois chevelus.
L'innocence est sur elle une blancheur de plus;
Toutes ses graces font comme un faisceau qui tremble.
Autour de cette enfant l'herbe est splendide et semble
Pleine de vrais rubis et de diamants fins;
Un jet de saphirs sort des bouches des dauphins.
Elle se tient au bord de l'eau; sa fleur l'occupe.
Sa basquine est en point de Genes; sur sa jupe
Une arabesque, errant dans les plis du satin,
Suit les mille detours d'un fil d'or florentin.
La rose epanouie et toute grande ouverte,
Sortant du frais bouton comme d'une urne ouverte,
Charge la petitesse exquise de sa main;
Quand l'enfant, allongeant ses levres de carmin,
Fronce, en la respirant, sa riante narine,
La magnifique fleur, royale et purpurine,
Cache plus qu'a demi ce visage charmant,
Si bien que l'oeil hesite, et qu'on ne sait comment
Distinguer de la fleur ce bel enfant qui joue,
Et si l'on voit la rose ou si l'on voit la joue.
Ses yeux bleus sont plus beaux sous son pur sourcil brun.
En elle tout est joie, enchantement, parfum;
Quel doux regard, l'azur! et quel doux nom, Marie!
Tout est rayon: son oeil eclaire et son nom prie.
Pourtant, devant la vie et sous le firmament,
Pauvre etre! elle se sent tres grande vaguement;
Elle assiste au printemps, a la lumiere, a l'ombre,
Au grand soleil couchant horizontal et sombre,
A la magnificence eclatante du soir,
Aux ruisseaux murmurants qu'on entend sans les voir,
Aux champs, a la nature eternelle et sereine,
Avec la gravite d'une petite reine;
Elle n'a jamais vu l'homme que se courbant;
Un jour, elle sera duchesse de Brabant;
Elle gouvernera la Flandre ou la Sardaigne.
Elle est l'infante, elle a cinq ans, elle dedaigne.
Car les enfants des rois sont ainsi; leurs fronts blancs
Portent un cercle d'ombre, et leurs pas chancelants
Sont des commencements de regne. Elle respire
Sa fleur en attendant qu'on lui cueille un empire;
Et son regard, deja royal, dit: C'est a moi.
Il sort d'elle un amour mele d'un vague effroi.
Si quelqu'un, la voyant si tremblante et si frele,
Fut-ce pour la sauver mettait la main sur elle,
Avant qu'il eut pu faire un pas ou dire un mot,
Il aurait sur le front l'ombre de l'echafaud.

La douce enfant sourit, ne faisant autre chose
Que de vivre et d'avoir dans la main une rose,
Et d'etre la devant le ciel, parmi les fleurs.

Le jour s'eteint; les nids chuchotent, querelleurs;
Les pourpres du couchant sont dans les branches d'arbre;
La rougeur monte au front des deesses de marbre
Qui semblent palpiter sentant venir la nuit;
Et tout ce qui planait redescend; plus de bruit,
Plus de flamme; le soir mysterieux recueille
Le soleil sous la vague et l'oiseau sous la feuille.

Pendant que l'enfant rit, cette fleur a la main,
Dans le vaste palais catholique romain
Dont chaque ogive semble au soleil une mitre,
Quelqu'un de formidable est derriere la vitre;
On voit d'en bas une ombre, au fond d'une vapeur,
De fenetre en fenetre errer, et l'on a peur;
Cette ombre au meme endroit, comme en un cimetiere,
Parfois est immobile une journee entiere;
C'est un etre effrayant qui semble ne rien voir;
Il rode d'une chambre a l'autre, pale et noir;
Il colle aux vitraux blancs son front lugubre, et songe.
Spectre bleme! Son ombre aux feux du soir s'allonge;
Son pas funebre est lent, comme un glas de beffroi;
Et c'est la Mort, a moins que ce ne soit le Roi.

C'est lui; l'homme en qui vit et tremble le royaume.
Si quelqu'un pouvait voir dans l'oeil de ce fantome,
Debout en ce moment l'epaule contre un mur,
Ce qu'on apercevrait dans cet abime obscur,
Ce n'est pas l'humble enfant, le jardin, l'eau moiree
Refletant le ciel d'or d'une claire soiree,
Les bosquets, les oiseaux se becquetant entre eux.
Non; au fond de cet oeil, comme l'onde vitreux,
Sous ce fatal sourcil qui derobe a la sonde
Cette prunelle autant que l'ocean profonde,
Ce qu'on distinguerait, c'est, mirage mouvant,
Tout un vol de vaisseaux en fuite dans le vent,
Et, dans l'ecume, au pli des vagues, sous l'etoile,
L'immense tremblement d'une flotte a la voile,
Et, la-bas, sous la brume, une ile, un blanc rocher,
Ecoutant sur les flots ces tonnerres marcher.

Telle est la vision qui, dans l'heure ou nous sommes,
Emplit le froid cerveau de ce maitre des hommes,
Et qui fait qu'il ne peut rien voir autour de lui.
L'armada, formidable et flottant point d'appui
Du levier dont il va soulever tout un monde,
Traverse en ce moment l'obscurite de l'onde;
Le roi, dans son esprit, la suit des yeux, vainqueur,
Et son tragique ennui n'a plus d'autre lueur.

Philippe deux etait une chose terrible.
Iblis dans le Coran et Cain dans la Bible
Sont a peine aussi noirs qu'en son Escurial
Ce royal spectre, fils du spectre imperial.
Philippe deux etait le Mal tenant le glaive.
Il occupait le haut du monde comme un reve.
Il vivait; nul n'osait le regarder; l'effroi
Faisait une lumiere etrange autour du roi;
On tremblait rien qu'a voir passer ses majordomes;
Tant il se confondait, aux yeux troubles des hommes,
Avec l'abime, avec les astres du ciel bleu!
Tant semblait grande a tous son approche de Dieu!
Sa volonte fatale, enfoncee, obstinee,
Etait comme un crampon mis sur la destinee;
Il tenait l'Amerique et l'Inde, il s'appuyait
Sur l'Afrique, il regnait sur l'Europe, inquiet
Seulement du cote de la sombre Angleterre;
Sa bouche etait silence et son ame mystere;
Son trone etait de piege et de fraude construit;
Il avait pour soutien la force de la nuit;
L'ombre etait le cheval de sa statue equestre.
Toujours vetu de noir, ce tout-puissant terrestre
Avait l'air d'etre en deuil de ce qu'il existait;
Il ressemblait au sphinx qui digere et se tait,
Immuable; etant tout, il n'avait rien a dire.
Nul n'avait vu ce roi sourire; le sourire
N'etant pas plus possible a ces levres de fer
Que l'aurore a la grille obscure de l'enfer.
S'il secouait parfois sa torpeur de couleuvre,
C'etait pour assister le bourreau dans son oeuvre,
Et sa prunelle avait pour clarte le reflet
Des buchers sur lesquels par moments il soufflait.
Il etait redoutable a la pensee, a l'homme,
A la vie, au progres, au droit, devot a Rome;
C'etait Satan regnant au nom de Jesus-Christ;
Les choses qui sortaient de son nocturne esprit
Semblaient un glissement sinistre de viperes.
L'Escurial, Burgos, Aranjuez, ses repaires,
Jamais n'illuminaient leurs livides plafonds;
Pas de festins, jamais de cour, pas de bouffons;
Les trahisons pour jeu, l'auto-da-fe pour fete.
Les rois troubles avaient au-dessus de leur tete
Ses projets dans la nuit obscurement ouverts;
Sa reverie etait un poids sur l'univers;
Il pouvait et voulait tout vaincre et tout dissoudre;
Sa priere faisait le bruit sourd d'une foudre;
De grands eclairs sortaient de ses songes profonds.
Ceux auxquels il pensait disaient: Nous etouffons.
Et les peuples, d'un bout a l'autre de l'empire,
Tremblaient, sentant sur eux ces deux yeux fixes luire.

Charles fut le vautour, Philippe est le hibou.

Morne en son noir pourpoint, la toison d'or au cou,
On dirait du destin la froide sentinelle;
Son immobilite commande; sa prunelle
Luit comme un soupirail de caverne; son doigt
Semble, ebauchant un geste obscur que nul ne voit,
Donner un ordre a l'ombre et vaguement l'ecrire.
Chose inouie! il vient de grincer un sourire.
Un sourire insondable, impenetrable, amer.
C'est que la vision de son armee en mer
Grandit de plus en plus dans sa sombre pensee;
C'est qu'il la voit voguer par son dessein poussee,
Comme s'il etait la, planant sous le zenith;
Tout est bien; l'ocean docile s'aplanit,
L'armada lui fait peur comme au deluge l'arche;
La flotte se deploie en bon ordre de marche,
Et, les vaisseaux gardant les espaces fixes,
Echiquier de tillacs, de ponts, de mats dresses,
Ondule sur les eaux comme une immense claie.
Ces vaisseaux sont sacres, les flots leur font la haie;
Les courants, pour aider les nefs a debarquer,
Ont leur besogne a faire et n'y sauraient manquer;
Autour d'elles la vague avec amour deferle,
L'ecueil se change en port, l'ecume tombe en perle
Voici chaque galere avec son gastadour;
Voila ceux de l'Escaut, voila ceux de l'Adour;
Les cent mestres de camp et les deux connetables;
L'Allemagne a donne ses ourques redoutables,
Naples ses brigantins, Cadix ses galions,
Lisbonne ses marins, car il faut des lions.
Et Philippe se penche, et, qu'importe l'espace?
Non seulement il voit, mais il entend. On passe,
On court, on va. Voici le cri des porte-voix,
Le pas des matelots courant sur les pavois,
Les mocos, l'amiral appuye sur son page,
Les tambours, les sifflets des maitres d'equipage,
Les signaux pour la mer, l'appel pour les combats,
Le fracas sepulcral et noir du branle-bas.
Sont-ce des cormorans? sont-ce des citadelles?
Les voiles font un vaste et sourd battement d'ailes;
L'eau gronde, et tout ce groupe enorme vogue, et fuit,
Et s'enfle et roule avec un prodigieux bruit.
Et le lugubre roi sourit de voir groupees
Sur quatre cents navires quatre-vingt mille epees.
O rictus du vampire assouvissant sa faim!
Cette pale Angleterre, il la tient donc enfin!
Qui pourrait la sauver? Le feu va prendre aux poudres.
Philippe dans sa droite a la gerbe des foudres;
Qui pourrait delier ce faisceau dans son poing?
N'est-il pas le seigneur qu'on ne contredit point?
N'est-il pas l'heritier de Cesar? le Philippe
Dont l'ombre immense va du Gange au Pausilippe?
Tout n'est-il pas fini quand il a dit: Je veux!
N'est-ce pas lui qui tient la victoire aux cheveux?
N'est-ce pas lui qui lance en avant cette flotte,
Ces vaisseaux effrayants dont il est le pilote
Et que la mer charrie ainsi qu'elle le doit?
Ne fait-il pas mouvoir avec son petit doigt
Toits ces dragons ailes et noirs, essaim sans nombre?
N'est-il pas, lui, le roi? n'est-il pas l'homme sombre
A qui ce tourbillon de monstres obeit?
Quand Beit-Cifresil, fils d'Abdallah-Beit,
Eut creuse le grand puits de la mosquee, au Caire,
Il y grava: 'Le ciel est a Dieu; j'ai la terre.'
Et, comme tout se tient, se mele et se confond,
Tous les tyrans n'etant qu'un seul despote au fond,
Ce que dit ce sultan jadis, ce roi le pense.

Cependant, sur le bord du bassin, en silence,
L'infante tient toujours sa rose gravement,
Et, doux ange aux yeux bleus, la baise par moment.
Soudain un souffle d'air, une de ces haleines
Que le soir fremissant jette a travers les plaines,
Tumultueux zephyr effleurant l'horizon,
Trouble l'eau, fait fremir les joncs, met un frisson
Dans les lointains massifs de myrte et d'asphodele,
Vient jusqu'au bel enfant tranquille, et, d'un coup d'aile,
Rapide, et secouant meme l'arbre voisin,
Effeuille brusquement la fleur dans le bassin,
Et l'infante n'a plus dans la main qu'une epine.
Elle se penche, et voit sur l'eau cette ruine;
Elle ne comprend pas; qu'est-ce donc? Elle a peur;
Et la voila qui cherche au ciel avec stupeur
Cette brise qui n'a pas craint de lui deplaire.
Que faire? le bassin semble plein de colere;
Lui, si clair tout a l'heure, il est noir maintenant;
Il a des vagues; c'est une mer bouillonnant;
Toute la pauvre rose est eparse sur l'onde;
Ses cent feuilles que noie et roule l'eau profonde,
Tournoyant, naufrageant, s'en vont de tous cotes
Sur mille petits flots par la brise irrites;
On croit voir dans un gouffre une flotte qui sombre.
--'Madame,' dit la duegne avec sa face d'ombre
A la petite fille etonnee et revant,
'Tout sur terre appartient aux princes, hors le vent.'

If you like this book please share to your friends :
NEXT BOOKS

La Legende Des Siecles - Les Raisons Du Momotombo La Legende Des Siecles - Les Raisons Du Momotombo

La Legende Des Siecles - Les Raisons Du Momotombo
Trouvant les tremblements de terre trop frequents, Les rois d'Espagne ont fait baptiser les volcans Du royaume qu'ils ont en dessous de la sphere; Les volcans n'ont rien dit et se sont laisse faire, Et le Momotombo lui seul n'a pas voulu. Plus d'un pretre en surplis, par le Saint-Pere elu, Portant le sacrement que l'Eglise administre, L'oeil au ciel, a monte la montagne sinistre; Beaucoup y sont alles, pas un n'est revenu. O vieux Momotombo, colosse chauve et nu, Qui songes pres des mers, et fais de ton cratere
PREVIOUS BOOKS

La Legende Des Siecles - La Confiance Du Marquis Fabrice La Legende Des Siecles - La Confiance Du Marquis Fabrice

La Legende Des Siecles - La Confiance Du Marquis Fabrice
IISORA DE FINAL.--FABRICE D'ALBENGA Tout au bord de la mer de Genes, sur un mont Qui jadis vit passer les Francs de Pharamond, Un enfant, un aieul, seuls dans la citadelle De Final sur qui veille une garde fidele, Vivent bien entoures de murs et de ravins; Et l'enfant a cinq ans et l'aieul quatre-vingts. L'enfant est Isora de Final, heritiere Du fief dont Witikind a trace la frontiere; L'orpheline n'a plus pres d'elle que l'aieul. L'abandon sur Final a jete son linceul; L'herbe, dont par endroits les dalles sont
NEXT 10 BOOKS | PREVIOUS 10 BOOKS | RANDOM 10 BOOKS
LEAVE A COMMENT